Le mois sacré de Ramadan est non seulement un des cinq piliers de l’islam, mais c’est aussi le rite suivi avec la plus grande ferveur. Beaucoup de paradoxes entourent ce temps privilégié : ce mois de jeûne est aussi un mois des excès de table ; mois de piété effective et de retrouvaille familiale, il est celui où les altercations dans la rue, les accidents connaissent un pic vertigineux… Petit tour d’horizon des us et coutumes…

Calendrier

Ramadan, est le neuvième mois du calendrier musulman. Le calendrier lunaire comprend 10 jours de moins que le calendrier solaire, la période du ramadan avance donc mécaniquement, chaque année, d’autant. Durant ces années, Ramadan se trouve durant l’été, ce qui rend les privations plus longues et plus dures. A contrario, cela correspond aussi aux congés annuels, pour ceux qui en ont, ce qui atténue les contraintes.

Le démarrage de Ramadan est lié à l’apparition du croissant de lune. Si des calculs astronomiques devraient permettre de définir avec précision la date en question ; l’observation effective fait partie des prescriptions coraniques ; les conditions climatiques rendent donc incertaines la date en question. Selon les pays, il peut y avoir une variation d’un jour (…mais qui est capable de m’expliquer pourquoi, bien souvent, le croissant qui a été vu en Algérie après avoir été vu dans les autres pays arabes, se retrouve, une heure plus tard, au Maroc, de nouveau invisible ?). Toujours est-il que cette incertitude qui entoure le démarrage du ramadan, agace les plus rationalistes, car cela empêche toutes les personnes qui ont des responsabilités d’anticiper leur organisation de travail, mais fait aussi partie du charme de ce moment d’attente. Une fois la date annoncée, tout le monde se précipite au hammam pour se purifier avant le mois sacré…

Privations

Au cours de ce mois, les musulmans ne doivent ni manger, ni boire, ni fumer, ni entretenir de relation sexuelles, entre la prière qui précède le lever du jour et la tombée de la nuit. Les enfants, les femmes enceintes, les malades et, autrefois, les voyageurs, sont dispensés. Les personnes qui, pour des raisons de santé ou par obligation professionnelle, ne peuvent s’abstenir, doivent récupérer les jours manqués en dehors du ramadan.

Ce temps de repentance évoque la préparation à l’accueil du Coran, mais historiquement, c’est aussi la reprise du Yom Kippour que pratiquaient déjà les juifs pour commémorer la réception des tables sacrées par Moïse, sur le Mont Sinaï. Dans le même esprit, les chrétiens pratiquent le carême, en se référant, cette fois, à la retraite de Jésus dans le désert. On le voit, toutes les religions ont institués ainsi des rites d’abstinence, de privation, comme processus spirituel…

L’abstinence d’alcool qui devrait, en principe, être effective toute l’année, pour tous les musulmans, devient une contrainte absolue, et ce, nuit et jour, durant toute cette période.

Obligation légale

Réalité difficile à comprendre pour les occidentaux, le Maroc n’est pas un Etat laïc, mais de droit musulman. Tous les marocains naissent musulmans et sont donc tenus légalement de respecter les obligations religieuses. Si certaines prescriptions (prière, aumône, pèlerinage à la Mecque…) sont laissées à l’appréciation de chacun, et si le Maroc est parmi les pays les plus tolérants, pour Ramadan demeure une très forte pression sociale et une obligation légale contraignante. Le non-respect du jeûne est punissable de prison ; bien sûr, dans la pratique, seul le non-respect du jeûne en public est puni. Certains profitent du mois du ramadan pour voyager à l’étranger et échapper ainsi à la contrainte, tandis que d’autres mangent en cachette. Un mouvement très minoritaire émerge contre cette obligation légale et le droit à la libre conscience mais, à contrario, on observe, ici comme ailleurs, des formes de radicalisme religieux et donc une plus grande assiduité chez les plus jeunes ; il est donc difficile de définir dans quels sens les comportements évoluent.

Conséquences

Les privations, et en particulier celle du tabac, rendent beaucoup de gens nerveux, surtout les premiers jours et en fin de journée ; du coup, les altercations sont incessantes dans la rue. D’une manière générale, avant la rupture du jeûne, il y a une sorte d’excitation car tout le monde se précipite pour être à l’heure dite, à la maison. Les marocains qui ne sont pas réputés pour leur ponctualité révèlent alors des talents insoupçonnés (lol). Autant dire que la prudence commande de ne pas être sur la route en fin d’après midi, car les excès de vitesse, les imprudences, l’affaiblissement des réflexes, causent de nombreux accidents…

Certains ventent, ici ou là, la valeur diététique du jeûne… ; en fait, pour avoir une vraie valeur diététique, un jeûne doit s’étaler sur plusieurs jours pour laisser au tube digestif le temps de se vider, et être compensé par une consommation importante d’eau et de fruits afin de permettre un drainage effectif des reins et autres organes. Dans la pratique générale, la privation pendant la journée est largement compensée par la bombance des repas en soirée. Non seulement on y mange plus, mais les mets les plus riches, les plus gras et sucrés, sont à l’honneur. Alors, si l’épreuve psychologique de la privation est incontestable, lui donner une valeur diététique relève de la fable. Le prix des aliments connait d’ailleurs un accès de fièvre à cette période à cause de l’augmentation de la demande et, en fin de ramadan, l’absentéisme pour raison de santé est constaté dans de nombreuses entreprises…

Déroulement de la journée

Bien avant le lever du jour, certains se lèvent pour prendre un dernier repas. Ceux qui le peuvent se recouchent jusqu’en milieu de journée.

Pendant un mois les boutiques ferment en milieu d’après midi et le pays tourne au ralenti (les touristes doivent intégrer ce paramètre dans leur programme d’activités et visites).

Dans les heures qui précèdent la rupture du jeûne beaucoup de gens s’adonnent au sport. Les autres s’affairent dans les boutiques pour s’approvisionner.

Le ftor (petit déjeuner) qui se trouve correspondre à la rupture du jeûne, est un moment magique. Les touristes qui se trouvent sur Jemaâ el fna, dans une famille ou en compagnie de musulmans, verront avec étonnement ce moment d’attente, devant une table bien garnie. Les ftors, et en particulier le premier jour de Ramadan, sont un moment privilégié de retrouvaille familiale.

Deux ou trois heures après le ftor, les  marocains prennent un vrai repas de famille. Ceux qui se couchent le plus tardivement mangent une dernière fois avant de s’endormir.

Gastronomie

Durant le mois du ramadan toute une série de plats sont particulièrement mis à l’honneur. La harira, soupe épaisse et riche, est particulièrement emblématique du mois sacré et est consommée pendant le ftor. Elle est généralement faite de fruits secs (pois chiches, lentilles…) de légumes (tomates…), de farine, d’épices, d’aromates, de petits morceaux de viande… Elle est accompagnée de chebakias (gâteaux frits, arrosés de miel et de sésame) ou de dattes ; ce mélange sucré-salé est délicieux.

Arpenter les étals durant le ramadan est l’occasion de découvrir toute une variété de recettes, de pains spéciaux, qui ne sont commercialisés qu’en cette période.

La mi-ramadan est l’occasion de plats spéciaux qui varient selon les régions : le coucous ou les trids ( sur un lit constitué de morceaux de crêpes très fines est servi une préparation mijotée à bases de lentilles et de moutons) sont plus particulièrement à l’honneur à Marrakech.

Un mois des excès

Outre les excès de table, et les débordements d’agressivité évoqués plus haut, durant toute la soirée, entre les repas, tous les gens sortent dans la rue, se reçoivent entre amis ; il règne une atmosphère de fête pendant tout le mois. C’est une période où les gens sortent beaucoup et se draguent plus qu’à l’accoutumée… Paradoxalement, les rapports sexuels « illicites » (selon les prescriptions religieuses), s’accroissent pendant cette période.

Un mois de piété

Pendant ce mois, la générosité en faveur des plus pauvres se manifeste par des tables dressées à proximité des riches demeures ou de certaines boutiques. La fréquentation de la mosquée, la pratique de la prière sont aussi plus intenses. Certains en profitent, effectivement, pour mettre de l’ordre dans leur vie, éteindre certaines querelles, arrêter de fumer…

Déroulement du mois

L’interdiction de servir et de vendre de l’alcool aux musulmans prend effet quelques jours avant Ramadan et se prolonge un peu au-delà.

Quelques jours avant Ramadan, pour anticiper les hausses, certains font le plein des achats. Certains magasins (et en particulier dans l’électroménager) font des promotions ; dans le secteur alimentaire et para-alimentaire, Ramadan est donc un mois d’intense activité économique.

Certaines nuits sont plus particulièrement consacrées à la prière : ce sont les nuits dites “kader”, des 21, 23, 25, 27 et 29 de Ramadan (la journée islamique ne commence pas à minuit mais au coucher du soleil ; la nuit du 21 concerne donc la nuit entre le 20 et le 21, etc…) ; certaines superstitions mettent en garde contre les jnouns (esprits malfaisants) qui seraient en quête de nouvelles victimes durant ces nuits particulières…

Le premier jour du mois suivant, c’est l’Aïd al-Fitr, la fête de la rupture du jeûne.

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