L’architecte belge, Quentin Wilbaux, a fait un passionnant travail de recherche sur la médina de Marrakech, et révélé que, derrière le chaos apparent, se cache un ordre secret, symbolique.

La ville rouge est une des rares métropoles du monde à n’avoir pas résulté de la croissance lente d’une bourgade. Au contraire, elle a été implantée sur un terrain vierge. En moins d’un siècle, elle est passée du stade de campement à celui de capitale d’empire !  Derrière le chaos apparent de la médina de Marrakech, Quentin Wilbaux s’est efforcé de déceler l’ordre caché qui a probablement prévalu, et d’en extraire les hypothèses les plus logiques…

Un premier tracé de Marrakech

Comme un riad,  la ville est tournée vers son centre. Plusieurs campements s’étaient constitués autour des points d’eau et le tout premier d’entre eux, la Qoubba, près duquel a été construit la mosquée dite “mosquée de terre” ou “mosquée de la fontaine”.

En terre d’Islam, l’appropriation d’un espace se fait toujours par la construction d’un mur d’enclos. Les fondateurs de Marrakech étaient des conquérants (les almoravides), et donc en terre hostile ; ils devaient se protéger. Dès la fondation de la ville, un premier tracé de remparts a dû être établi dessinant un grand rectangle autour de cette mosquée. Les almoravides étaient aussi des fondamentalistes religieux : ce premier tracé de la ville s’inscrivait nécessairement dans un référentiel islamique et suivait l’axe sacré, celui de la qibla (comme une mosquée). Les portes principales (Bab Tarzout et une ancienne porte dont les ruines sont au sud du Palais de la Bahia) sont placées précisément sur l’axe passant par la Qoubba. Les autres portes sont placées de manière symétrique à cet axe. Les remparts de part et d’autre de Bab Jdid et l’angle Sud-Est de la ville seraient les seules survivances de ce tracé initial (plan1).

Le sultan s’est fait construire une fortification (Ksar el Hajjar / au nord et à proximité de la Koutoubia, où se trouve actuellement un jardin) et les remparts de la ville dessinent une excroissance pour permettre une double protection au ksar.

 

plan de la médina de Marrakech  plan de la médina de Marrakech

Après avoir creusés des khéttaras (galeries souterraines pour drainer l’eau vers la ville), des jardins sont créés entre le centre et les remparts. Un parcellaire se met en place; des premières maisons sont construites, en respectant l’axe Nord-Sud de la première mosquée, et en suivant la pente naturelle. Entre la mosquée de terre et Ksar el Hajjar, s’organise la vie marchande et sont construites les premières échoppes : c’est la naissance du souk, le long de Sémarine…

Nouveau tracé de Marrakech

Ce bel ordonnancement est bientôt remis en cause : deux écoles théologiques s’affrontent au sujet de l’orientation des mosquées : ceux qui veulent suivre la même orientation que la Ka’ba à la Mecque (presque Nord-Sud et qui s’orientait vers Jérusalem) et ceux qui veulent les tourner vers la Mecque. Ali Ben Youssef, fils du fondateur de Marrakech, tranche pour la nouvelle option. Il démolit la mosquée de terre et la reconstruit selon une nouvelle orientation.

Un nouveau tracé des remparts et une nouvelle implantation des portes sont définis. Bab Khémis (qui s’appelait Bab Fès, à l’époque)  et Bab er Robb, sont sur le même axe, qui coupe de manière perpendiculaire  un axe Bab Doukkala / Bab Aylen… exactement au même point central. De la même manière, l’axe Bab Moussoufa-Bab Aghmat, croise perpendiculairement l’axe Bab el Makhzen (murée aujourd’hui)-Bab Fakharine (plan 1). Les nouveaux remparts suivent par endroit l’ancien tracé, intègrent les nouvelles portes, et longe au plus près Oued Issil. Des quartiers naissent à proximité des portes… Par la suite, Marrakech connaitra des modifications mineures. Au nord, le quartier qui s’est construit à l’extérieur autour de la zouia Sidi Bel Abbes sera intégré à la ville. La Kasbah (nouvelle demeure du sultan) et le mellah seront fusionnés avec la ville.

Pour ce qui est de l’orientation des mosquées, elle connaîtra des évolutions au fur et à mesure que le calcul de la direction de la Mecque deviendra plus rigoureux. Chaque fois, les nouveaux quartiers sont construits en fonction de la nouvelle orientation en vigueur ; par contre, les anciens quartiers conservent l’ordonnancement ancien, ce qui fait qu’aujourd’hui, une différence notoire d’orientation apparaît entre certaines mosquées et les maisons qui les entourent. On peut pratiquement dater la fondation de la plupart des quartiers et mosquées de Marrakech sur la seule base de leur orientation. Au XIX ème siècle, La mosquée Ben Youssef, sera reconstruite une troisième fois, selon une orientation légèrement différente… et presque correcte cette fois !

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