Au milieu du XXème, un peu partout dans le monde, les pays colonisés ont relevés la tête ; la formation de nouvelles élites ne pouvant qu’accélérer le processus. Si, durant la deuxième guerre mondiale, les pays ont mis en sourdine leur prétentions (alors que cela aurait pu constituer une opportunité) aidant même les colonisateurs à se libérer (on sait la contribution des marocains aux forces françaises durant les deux guerres), le temps de recouvrir son indépendance avait sonné.

Cet article fait suite L’instauration du Protectorat

Moulay Abdelhafid (1908-1912).  Opposé aux accords d’Algésiras (où la France et l’Espagne se voient confier la police des ports et le droit de créer une banque d’État internationale) Moulay Abdelhafid parvient à destituer son frère, le sultan Moulay Abdelaziz avec la complicité de Thami El Glaoui (Pacha de Marrakech). Mais en 1911, à son tour, il contrôle de plus en plus mal l’intérieur du pays se retrouve assiégé à Fès par des soulèvements populaires et doit solliciter l’aide française. L’instauration du Protectorat suivra dans la foulée. Moulay Abdelhafid préfère abdiquer en faveur de son demi-frère.

Moulay Youssef (1912-1927). Il a vécu reclus dans son palais, sans pouvoir réel. Sous son règne, la lutte pour l’indépendance est incarnée par Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi.

La République du Rif. Après une humiliante défaite pour les espagnols, à l’occasion de la bataille d’Anoual (1921), Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi instaure une éphémère République dans le Rif de 1922 à 1925. Le Maréchal Pétain devra mobiliser, avec l’appui des espagnols,  500 000 hommes pour un an de combat. Une répression féroce avec usage de gaz moutarde s’en suivra.
30 ans plus tard quand les mouvements de libération prendront de l’ampleur au maroc, les forces se souviendront et préfèrerons négocier pour se concentrer la question algérienne.

Mohammed V (1927 – 1961). Supposé plus docile, il est choisi par les autorités françaises comme sultan à la place de ses deux frères aînés. Mais…

1930. Dahir berbère. Il soustrait les berbères aux juridictions islamiques (chraâ), reconnait le droit coutumier ancestral et vient compléter le droit rabbinique et le droit caïdal. Ce Dahir (loi) est perçu comme une volonté de diviser les marocains, de préparer des objectifs de christiannisation et comme une rupture des accords du Protectorat ; il provoque un premier sursaut nationaliste. Les autorités françaises doivent se rétracter peu après (34). Lire cette analyse.

11 janvier 1944. Manifeste pour l’indépendance du Maroc. Signé par les mouvements nationalistes marocains : l’Istiqlal, fondé par Mohammed Allal El Fassi, en  1937 et pour le PDI (Parti pour la Démocratie et l’indépendance), fondé par Bel Hassan El Ouazzani.
Mohammed V soutient alors l’Istiqlal, principal mouvement indépendantiste marocain, et s’oppose à la poursuite de la domination française. Il dénonçe aussi la répression française des émeutes à Rabat, Salé, Casablanca, Fès et l’arrestation des leaders nationalistes de l’Istiqlal et du PDI.

 1947. Discours de Tanger. Il va plus loin dans ses revendications et réclame l’indépendance. Dès lors, les relations se tendirent avec les autorités françaises, notamment avec le nouveau résident général, le Général Alphonse Juin.

1951. Pacte de Tanger pour lutter pour l’indépendance. La nomination d’un nouveau résident général, le général Augustin Guillaume, accentue les dissensions entre Mohammed V et la France. De nouvelles manifestations virent à l’émeute au Maroc en 1952, notamment à Casablanca tandis que Mohammed V donne à la cause marocaine une audience internationale à l’ONU avec le soutien des États-Unis.

1953-1955. La déposition et l’exil. Le général Augustin Guillaume manoeuvre alors avec d’autres élites marocaines, notamment le Glaoui, pacha de Marrakech, l’Ouléma de Fès et des tribus berbères et fait déposer Mohammed V pour placer son oncle, Mohammed Ibn Arafa, sur le trône mais Mohammed V refuse d’abdiquer. L’arrestation puis la déportation du sultan, d’abord en Corse, puis à Madagascar provoque le contraire de l’effet escompté. Elle soude les Marocains et fédère le mouvement nationaliste derrière Mohammed V. Une vague de violences et d’attentats se répand dans les grandes villes et dans le Rif.

Le déclanchement de la  guerre d’Algérie en 1954, de troubles en Tunisie, le soutient de la Lybie et de l’Egypte (où vivait en exil AbdelKrim, ancien leader de la révolte du Rif) force le gouvernement français à négocier et à rappeler le sultan.

1955-1956. Le retour et l’indépendance. En septembre 1955, le général Georges Catroux le rencontre à Madagascar. Du 2 au 6 novembre 1955, après son retour en France et l’abdication de Mohammed Ibn Arafa le 1er, Mohammed V signe avec Antoine Pinay, le ministre des Affaires étrangères français, les accords de La Selle Saint-Cloud qui engage la transition vers l’indépendance. Il pardonne aussi au Glaoui, venu se prosterner à Saint-Germain-en-Laye.

Le 16 novembre 1955, Mohammed V fait un retour triomphal à Rabat, devant un million et demi de marocains. Le 2 mars 1956 prend fin le protectorat français, et celui de l’Espagne  le 7 avril.

Il signe en mai 1956 un traité d’amitié avec la France pour le maintien des forces armées au Maroc jusqu’en 1963. Il prend dès 1957 le titre de roi du Maroc, pour symboliser l’unité du pays au-delà des clivages entre arabes et berbères.

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