Un Marrakech insolite à découvrir par ses commerçants de rue. Ceux-là se réunissent parfois, créant de fait des souqs informels. Pour le visiteur non averti, certains attroupements sont parfois difficiles à comprendre…

Quand on n’a pas de travail, pas de boutique, la rue est parfois le dernier refuge pour tous ceux et celles qui cherchent à survivre. L’avantage est que les contraintes sont moindres ; on travaille quand on veut, sans charge fixe. Par contre, il faut installer chaque jour son étal et subir les intempéries. Le déplacement du soleil (et donc de l’ombre) dicte l’ouverture et la fermeture de ces drôles de boutiques et c’est pour cela que le gros de l’activité se fait le soir. Par endroit les forces de l’ordre se fait pressante (essentiellement quand le Caïd donne l’ordre d’opérer un nettoyage) car, la plupart du temps, elle monnaye sa mansuétude. Il faut aussi obtenir la tolérance des commerçants voisins, voire des concurrents déjà en place. Bien souvent, les commerçants monnayent le droit d’étal (plusieurs centaines de dirhams, chaque jour, rue des Princes, par exemple). Certains commerçants de rue gèrent donc leur place comme un véritable fond de commerce et le protègent jalousement.

Parfois, ces commerçants à la sauvette font blocs, constituent des confréries informelles, et défendent mutuellement leurs intérêts. Dans certains cas, leur présence régulière, contribuent à créer des genres de souqs, et  les clients finissent par savoir où les trouver. Parmi les confréries les plus étonnantes, il y a les marchés de main d’œuvre. Ces personnes  attendent là, ensemble, pour trouver du travail. Ainsi, sur certaines places de Marrakech, comme à Bab Doukkala ou à Moqf, les ouvriers artisans, munis de leurs outils, se réunissent en attente d’employeurs éventuels ; en face le marché du Mellah, ce sont des artisans matelassiers qui attendent sur le trottoir. A Guéliz, à l’ouest du carré Eden, ce sont des femmes de ménage qui guettent des employeurs ou des personnes en quête d’un coup de main.

Le visiteur non averti peut traverser un de ces souqs informels sans décoder ce qui s’y trame ; c’est sans doute ce qui arrive quand on s’engage dans le derb « Riad zitoune », en partant du mellah. Un groupe de femmes y vendent des bijoux anciens ou achetés en gros. Mais vendre des bijoux dans la rue n’est pas sans une part de risque, et celui, en particulier d’attirer des voleurs. Pas question d’installer un petit étal ! Elles ont trouvé un procédé simple et drôle : elles enfilent les bijoux à leur cou, à leurs doigts et les présentent ainsi aux acheteuses potentielles. A la moindre alerte, elles glissent leurs mains sous leur djellaba, protégeant ainsi leur fond de commerce.

Dans un autre genre, il y a sur la place Jemaâ el fna, le souq… des pédés. Expression un peu grivoise pour désigner un lieux (entre les halqas : les cercles) où les gays de Marrakech se draguent. L’expression n’est pas inappropriée, en fait, puisque l’on y vend bel et bien quelques services illicites.

Bref, pour tous vos achats, si vous connaissez les prix et les produits, sachez que c’est dans la rue que se font les meilleures affaires, parce que ces vendeurs cherchent à vendre vite et beaucoup. Marrakech est une ville de commerçants. A vous d’être vif !

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