Partout dans le monde et dans chaque ville, il se constitue des groupes de populations, quartier par quartier, en fonction de son histoire, son ancienneté, son état. Marrakech n’échappe pas à ces phénomènes. Pendant des décennies, ceux qui en avaient la possibilité, ont déserté la médina assimilée à une forme de pauvreté au profit de Guéliz, puis de Daoudiad et ses universités, puis vers d’autres quartiers encore. Heureusement, la mode des maisons d’hôtes  a incité l’administration communale, à remettre à niveau les infrastructures (eaux usées, voltage,…), et en stopper ainsi la paupérisation…

Beaucoup plus drôle, dans un espace vivant et ouvert comme la place Jemaâ el fna, cohabitent des populations qui en investissent telle ou telle partie, sans trop se mélanger.

Ainsi, les touristes préfèrent  le segment entre Derb Dabachi et l’allée vers la Koutoubia, en passant par les gargottes. Une population à la fois plus marocaine et plus mélangée, de classes moyennes,  remonte et redescend la Rue du Prince Moulay Rachid, se jaugent, se rencontrent ; cette rue est d’ailleurs devenue un des meilleurs secteurs marchands de la ville.

A l’inverse, au centre de la place, les « cercles » retiennent une population plus masculine, plus rurale, plus modeste… ; il s’y pratique une sorte de drague homosexuelle mais, en même temps, c’est là que l’âme de la place est entretenue, puisque si la place a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, c’est bien à cause des traditions orales et musicales qui y sont perpétuées.

Il se pratique aussi de la prostitution hétérosexuelle sur la place mais selon des codes bien différents que dans les boites de nuit ; ici, certaines femmes voilées n’ont qu’un argument : un regard insistant…

Enfin, des groupes mixtes d’adolescents, de jeunes beaux, eux, font le pied de grue devant l’ex-banque du Maghreb ; c’est là qu’ils se retrouvent, se rencontrent et se draguent ; certains appellent cet espace informel « Choufni », (regarde-moi ! ), et c’est tout dire…

Le square, lui, attire les plus démunis ; la commune a d’ailleurs fait le choix judicieux d’ouvrir cet espace pour éviter d’en faire un ghetto de clochards. Plus loin, vers la Koutoubia, ce sont les femmes et leurs marmailles, qui ont investi cet espace plus dégagé et plus paisible; l’été en particulier, on y traîne tard le soir pour bavarder…

Et toi, tu habites où, sur la place ?

R.A.

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