La Galerie Tindouf a mis en avant, le temps d’une exposition, ce qui est sans doute le mouvement pictural le plus passionnant au Maroc des cinquante dernières années : les artistes souiris, et tout particulièrement Berhiss.

Très rarement dans le monde, un lieu, une ville, a été le terreau d’un courant artistique vraiment spécifique. On pense bien sûr à quelques capitales dont le dynamisme, l’opulence, ont marqué durablement la création, et cela depuis l’antiquité : Athènes, Rome, Paris, Barcelone… Je veux plutôt parler de ces petites villes qui ont accueilli parfois une petite communauté d’artistes et où ceux-ci ont confrontés leurs recherches et permis de faire émerger des courants nouveaux : l’école de Pont Aven en Bretagne autour de Gaugin, l’école de Nancy qui a été le fer de lance de l’art nouveau…

Depuis des décennies, Essaouira par son architecture, son atmosphère, la tolérance de ses habitants a été le port d’attache d’une jeunesse bohème. Dès les années 60, la jeunesse hippie s’y donnait rendez-vous ; des grandes figures comme Jimi Hendrix et Cat Stevens y ont séjourné longuement. Depuis, la musique gnaoua a permis la naissance d’un prodigieux festival emblématique de ce qu’on a appelé « le printemps marocain », à la fin des années Hassan II, et avec le vent de liberté qui a accompagné l’avènement de Mohamed VI.

C’est sans doute ce contexte qui a permis l’émergence d’un courant de peinture à cheval entre art brut et art populaire, une peinture étrange qui prend ses racines dans sa culture africaine et berbère, une peinture qui cultive d’étranges bestiaires, des motifs floraux et des personnages à foison. Ces œuvres peintes et sculptées échappent à toute orthodoxie et se distinguent par la richesse des couleurs, des symboles et l’onirisme.

Mohammed Tabal est le premier de ces artistes locaux à acquérir une célébrité à la fin des années 80 : ancien musicien gnaoui, il a été influencé par le mysticisme de sa confrérie. Beaucoup d’artistes locaux sont reconnus sur le plan international : Abdelmalek Berhiss, Saïd Ouarzaz, Rachid Amarhouch, Abdelhaq Belhak et Regragui Bouslai…

Cette aventure a aussi été possible par la passion d’un homme, le danois Frédéric Damgaard, qui, au travers de sa galerie, a su fédérer, défendre, donner une visibilité à ces artistes. Si celui-ci a aujourd’hui pris une retraite bien mérité, le courant qu’il a permis de naître, lui reste toujours actif.

 

     

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