Quand l’Aid el-Kébir se prépare, la ville de Marrakech entre dans une sorte de fébrilité. Au-delà de la signification religieuse, comment concrètement se déroule cette fête majeure dans le rite musulman…

Pour de nombreuses familles, l’achat d’un mouton représente une énorme dépense ; les semaines qui précèdent la fête, les chefs de famille subissent une énorme pression pour collecter l’argent et honorer leur responsabilité familiale et sociale.

Paradoxalement, durant la période qui précède l’Aïd, la recrudescence des vols et cambriolages montre que tout le monde n’est pas en mesure d’honorer un devoir qui devrait être avant tout religieux. On est loin de l’esprit des textes sacrés, qui invite le musulman à “un sacrifice qui lui soit facile” (Sourate II, 196. Al-Baqarah).

L’achat du mouton se fait le plus tôt possible pour profiter des meilleurs prix ou acquérir les plus belles bêtes. Des souqs de moutons sont organisés aux portes de la ville ; le transport des animaux, en charrette où sur des vélomoteurs, est parfois cocasse…

Ceux qui ont un véhicule préfèrent aller dans les campagnes voisines dans l’espoir de trouver un animal avec un meilleur rapport qualité-prix. Les bergers mènent leurs troupeaux en pâture, en bordure de route pour vendre les animaux sans intermédiaire. Pouvoir s’acheter un beau bélier est un motif de fierté et parfois les plus pauvres se surpassent, espérant ainsi regagner un peu de prestige social…

Les jours qui précèdent, il faut donc nourrir le mouton chez soi. Pour les enfants des villes, qui ont peu de rapport avec les animaux, c’est un moment de fête et d’attachement. Le mouton sont parfois traités avec des égards exceptionnels ; certains sont même tatoués au henné ! Les voisins et la famille viennent visiter le sujet de toutes les convoitises…

Toute une économie s’organise en fonction de la préparation de la fête : vente de fourrage, de charbon de bois, passage des rémouleurs pour l’affutage des couteaux, promotions dans les grands magasins, vente à la sauvette de vêtements… C’est l’occasion aussi d’importantes transhumances… pour la population marocaine : chacun tient à passer la fête en famille et ceux qui travaillent dans une autre région se doivent d’être là. Les bus et les taxis sont surchargés de passagers et de cadeaux.

L’avant-veille de l’Aïd el-Kébir, le mouton et mis à la diète.

Le lendemain, tout est purifié : les maisons sont nettoyées de fond en comble, les tissus jusqu’au moindre petit chiffon, consciencieusement lavés.

Le jour de l’Aïd, tout le pays s’arrête. Pas une boutique n’est ouverte et les touristes doivent d’ailleurs veiller à être le plus autonome possible. Les congés durent théoriquement trois jours mais nombreux sont ceux qui prolongent ce moment de réunion familiale, pour en faire au moins une semaine de vraies vacances.

A Marrakech, le premier jour, on consomme en priorité les abats (foi, cœur, graisse), en brochettes, puisqu’ils se conservent moins bien, et on grille la tête du mouton (généralement dans la rue, ou sur des places) qui sera mangée le lendemain matin au petit déjeuner.. Les jours suivants, on s’attaque aux gigots et autres pièces maîtresses. Chacun profite du repos pour rendre visite aux voisins et à la famille proche, et ces derniers vous invitent… à manger du mouton !

En principe, un tiers du mouton doit être mangé, un tiers conservé (séché, confits, congelés…) et le troisième tiers doit être donné aux pauvres. Pour varier les plaisirs, on prépare le mouton selon les recettes les plus variées, recettes qu’on pratique surtout à cette occasion : méchoui (en couscoussier), gadidde (tripes séchées), mrouzia (tagine sucré aux amendes et pruneaux), tagine de raisins secs et oignons confits, tangia…

Cette période est aussi le temps du pèlerinage à la Mecque. Six jours après l’Aïd, ceux qui se sont rendus au “hijja”, rentrent chez eux. Les familles et les amis les attendent à l’aéroport avec du lait, des dattes, des fleurs et du parfum, pour les accueillir comme des héros. Ceux qui ont fait leur pèlerinage, acquièrent le titre de “Hajj” ou “Hajja” ; ces derniers ont ramenés de l’encens, de l’eau de la Mecque, et autres cadeaux. En cortège de voitures décorées, tout le monde rentre à la maison, pour continuer la fête durant plusieurs jours.

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