A la fin du XIXème siècle, les grandes puissances européennes sont en compétition dans des ambitieux programmes de colonisation. La conquête de l’Algérie par la France se réalise entre 1830 et 1847. Le Maroc apporte son soutient à l’Emir Abd el Kader mais se trouve défait à la bataille d’Isly en 1844. Le Maroc perd aussi contre l’Espagne, doit céder Tétouan, et payer une indemnité de guerre de plusieurs millions de livres sterling empruntées auprès des banques britanniques. L’endettement et les rivalités au sein du royaume vont progressivement fragiliser le pays face aux appétits européens…

 

Les prémices

1823. Convention commerciale avec le Portugal, suivie d’accords similaires avec l’Angleterre (1824),  la France et le Piémont (1825).

1830. L’Algérie passe sous administration française.

1844. La France engage des hostilités envers le Maroc, suite à un incident  frontalier avec l’Algérie française ; occupation d’Oujda, d’Essaouira et bombardement de Tanger. Suite à cela,  le Traité de Lalla Maghnia fixe la frontière algéro-marocaine et la France se voit reconnaître un droit de suite au Maroc.

 

Mohammed IV  (1859-1873).

Une campagne médiatique de grande envergure, contre le Maroc, est lancée depuis Tanger par une élite connaissant bien les rouages de la société marocaine pour engager une colonisation des esprits. La  propagande qualifie le Maroc de pays “primitif habité par les pirates” ; elle est relayée par l’Alliance française, les missions médicales, les missions chrétiennes (ordre de la Mission Franciscaine, évangélique), franc-maçonnes et capitalistes influentes. Elle oblige le sultan à entreprendre, au nom de la civilisation, une politique de modernisation de l’Empire chérifien. L’armée est le premier champ de ces réformes structurelles, des industries sont crées. Mais cette politique nécessite d’importants financements. Le makhzen se voit donc contraint de lever des taxes supplémentaires non conformes à la Loi islamique, rapidement impopulaires et sources d’émeutes.

 

Hassan Ier (1873-1894)

Il réprime violemment de nouvelles émeutes (dont celles des tanneurs à Fez) et parvient à tenir à distance les convoitises conjuguées de l’impérialisme européen en jouant des rivalités entre les puissances.

 

Abd-al-Aziz (1894 à 1908).

Trop jeune pour gouverner (14 ans), le jeune sultan préfère s’adonner aux plaisirs du sport, aux fêtes galantes dans les jardins de l’Agdal, et dépense des sommes colossales dans l’acquisition de nouvelles technologies occidentales (vélo, voitures, locomotive à vapeur, appareils photos, caméra..). Il doit laisser place à une régence par le grand-vizir Ben Moussa. Le grand-vizir sait continuer intelligemment la politique pragmatique de Hassan Ier. Mais lors de sa disparition (1900) Moulay Abdelaziz manque de personnalité. Il gouverne quelques mois avec l’aide d’un nouveau vizir, puis de conseillers européens, en particulier anglais, tel son favori Harris, qui abusent de son inexpérience.

 

Ci dessus : s’essayant au vélo avec le photographe Gabriel Veyre.

1901.  Il tente de moderniser les structures féodales du pays et applique une grande réforme administrative et fiscale : suppression des impôts coraniques et transformation des caïds en salariés du Makhzen. Ces mesures audacieuses et révolutionnaires, mais imposées brutalement, suscitent une vague de mécontentement chez les notables qui entrent en lutte ouverte contre le gouvernement central. Le Maroc se divise entre plusieurs factions que le sultan n’a pas les moyens de contrôler.

L’assassinat d’un négociant oranais sur la côte rifaine entraîne l’intervention du ministre français des Affaires étrangères. Un accord est conclu, qui autorise la France à « aider » l’administration marocaine dans les régions incontrôlées du Maroc oriental.  Le colonel Lyautey, alors responsable du Sud-oranais, est chargé de pacifier la frontière algéro-marocaine ; dès lors, il n’hésite plus à pénétrer au Maroc, et lance de longues reconnaissances jusqu’aux limites du Rif.

1903. La  rivalité avec son frère Moulay Abd al-Hafid et une rébellion conduite par Bou Hmara, finissent par éclater en guerre de course au pouvoir. Ne disposant pas de troupes suffisantes pour mater la rébellion, le sultan fait de nouveau appel à la France.

La faiblesse du makhzen permet à un aventurier (Jilali Ben Driss) de se faire passer pour un fils de Hassan Ier, et de se faire reconnaître comme sultan à Taza et dans l’ensemble du nord-est du Maroc pendant quelques années avant d’être finalement capturé en 1909. Un autre chef rebelle, el-Raisuni, établit son fief dans la région des Jebalas et Asilah d’où il rejette l’autorité officielle et provoque par ses enlèvements de ressortissants américains l’intervention personnelle du président des États-Unis Theodore Roosevelt, qui menace le makhzen d’envoyer des vaisseaux de guerre de l’US Navy à Tanger, par mesure de représailles.

1905. Crise de Tanger.  Le 31 mars, en vue de prévenir la mainmise de la France sur le Maroc, Guillaume II débarque théâtralement à Tanger, au nord du sultanat, traverse la ville à cheval, à la tête d’un imposant cortège, va à la rencontre du sultan Abd al-Aziz pour l’assurer de son appui et lui faire part de son désaccord face aux droits concédés à la France sur le Maroc. Il est prêt à entrer en guerre si la France ne renonce pas à ses ambitions marocaines. Le sultan Abd el Aziz, impressionné par ce discours, décide de refuser toutes les réformes précédemment conseillées par le consul français, Lyautey.

Devant les inquiétudes de l’état-major, le président du conseil français Maurice Rouvier préfère négocier, et finit par accepter la demande de réconciliation de l’Allemagne, Cependant, contrairement aux vœux de l’Allemagne, la crise n’est pas résolue par une négociation bilatérale entre les deux États, mais par la conférence internationale d’Algésiras, sur la convocation du sultan.

1906. Conférence d’Algésiras.  Elle rassemble douze pays européens, plus le représentant du sultan marocain, le futur Grand Vizir Mohammed el Mokri, mais c’est le président américain Theodore Roosevelt qui est choisi comme médiateur. Il s’agit en fait de la première intervention des États-Unis en politique étrangère au niveau mondial.

Comme, les alliés de l’Allemagne montrent qu’ils n’ont pas l’intention d’entrer en guerre, la crédibilité des Allemands s’en trouve diminuée. Le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Italie donnent raison à la France, contrairement à ce que l’Allemagne espérait, même si un droit de regard sur les affaires marocaines lui est concédée..

La France et l’Espagne sont les grands gagnants de la conférence. Concrètement, ces deux pays se voient confier la police des ports et le droit de créer une banque d’État internationale.

1911. Coup d’Agadir. L’Allemagne, pour défendre ses intérêts, et prétendant répondre à un appel à l’aide d’entreprises allemandes de la vallée du Souss (il n’y avait alors que quatre ressortissants Allemands dans cette région), décide d’envoyer une canonnière, dans la baie d’Agadir. Mais son coup de force provoque l’effet inverse. Le Royaume-Uni se déclare immédiatement en faveur de Paris et menace Berlin. Le gouvernement français, soutenu par son opinion, manifeste une très grande fermeté et n’exclut pas une réponse militaire. La France et l’Allemagne sont au bord du conflit. Aux termes d’âpres tractations, l’Allemagne renonce à être présente au Maroc en échange de territoires au Congo et au Cameroun.

 

Moulay Abdelhafid (1908-1912).

Opposé aux accords d’Algésiras, personnage sombre et introverti, il parvient à destituer son frère Moulay Abdelaziz avec la complicité de Thami El Glaoui (Pacha de Marrakech). Mais en 1911, Moulay Abdelhafid, qui contrôle de plus en plus mal l’intérieur du pays se retrouve assiégé à Fès par des soulèvements populaires et doit à son tour solliciter l’aide française. Le général Moinier, à la tête d’une armée de 23 000 hommes, libère le sultan le 21 mai 1911.

1912. Instauration du Protectorat. La pénétration économique européenne s’est intensifiée, la situation est devenue irréversible, et aboutit à la convention de Fès du 30 mars 1912 qui fait du Maroc un protectorat français.
L’Espagne acquière une influence au Nord et au Sud du Maroc, tandis que la France prend le contôle de la région centrale du pays ; la ville de Tanger est déclarée « ville internationale ». Le sultan et le makhzen traditionnel sont maintenus, mais la réalité du pouvoir appartient au résident général et au haut-commissaire, qui représentent respectivement la puissance de tutelle française à Rabat et espagnole à Tétouan. Le général français Lyautey est chargé de diriger les affaires étrangères, de contrôler la défense du pays, et d’initier des réformes intérieures.

Moulay Abdelhafid abdique en faveur de son demi-frère Moulay Youssef, pour raison de santé, quelques mois plus tard.
La longue guerre de conquête, dite « pacification du Maroc », dure jusqu’en 1934.

Le protectorat français prendra fin  le 2 mars 1956 grâce à l’action conjuguée de l’Istiqlal et du Sultan Mohamed V, et sera la plus courte expérience coloniale française.  L’Espagne mettra fin au sien le 7 avril.

A suivre : La lutte pour l’indépendance.

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