Dans le cadre du Festival ON MARCHE 2014, plusieurs membres de la formation “AL MOKHTABAR ” de la compagnie Anania ont présenté leur travail,  des solos non aboutis, pour les soumettre à l’appréciation des autres danseurs présents. Fouad Nafili a étonné et enthousiasmé le public, par une interprétation troublante et risquée… Ce très jeune danseur (né en 93) a non seulement une bonne maîtrise technique mais aussi quelque chose à dire…

Assurément, Fouad a l’empreinte corporelle d’un danseur. Musclé, mais en proportion de sa taille, c’est surtout dans sa manière de se tenir, d’être enraciné au sol, et la tête dressée, qu’on remarque sa pleine présence corporelle. Il est originaire de Rabat et s’est d’abord passionné d’acrobatie ; déjà, dans la petite bande de copains, c’était lui qui avait la meilleure technique. Dès seize ans, au contact d’autres jeunes, il s’est converti  au hip-hop ; l’entrainement se faisait tard, la nuit, dans la rue. Curieux d’apprendre, mais sans la possibilité de se payer des cours, il allait assister à des entrainements, refaisant par lui-même, chez lui, les figures observées.

Un ami l’a sollicité pour effectuer un remplacement de tango sur un ballet contemporain ; là encore, il a été tellement assidu aux répétitions qu’il a remplacé tour à tour chacun des danseurs absents. Par cette expérience, il s’est ouvert à la danse contemporaine qui lui est apparue un champ plus vaste (le hip-hop est, certes, très technique, mais limité à des figures) et porté par du sens, la volonté de porter une réflexion.

La propriétaire d’une salle le remarque, et lui commande un spectacle de hip-hop avec, en contrepartie, l’accès gratuit à des cours de danse classique. Ensuite, il est sélectionné pour un stage à Lyon (France) avec la Compagnie Hallat Eghayan ” InterMed “, et puis, à l’occasion d’un autre projet (“Intérieur/Extérieur “),  en vue d’un autre spectacle organisé par le Bij (Belgique) ;  c’est là qu’il découvre le travail de Taoufiq Izeddiou (fondateur du Festival ON MARCHE) et la Compagnie Anania de Marrakech. C’est donc par un mélange de détermination et d’opportunité qu’il est sorti de la pratique amateur.

Après une première collaboration avec le Festival ON MARCHE 2013, il est venu s’installer dans la ville ocre. Il combine un travail dans un hotel, la participation à un spectacle créé à l’ESAV (Shakespeare en darija : sublime !) et l’élaboration de ce premier solo.

Il est conseillé par Taoufik Izzeddiou et,  pour les derniers jours avant le Festival 2014, par Younes Khoukhou (danseur professionnel en Belgique, mais originaire de Marrakech). Fouad avait envie de mettre dans ce solo intitulé « Sarab » (mirage), tout ce qu’il avait en lui-même : une sorte de quête d’identité. Dans un premier mouvement, long et répétitif, il devait déambuler dans une sorte de corridor virtuel, en essayant de saisir des images inaccessibles… Il voulait aussi aller plus loin dans le jeu de vérité, jouer avec son corps, tout en sachant qu’il devait se faire violence, s’exposer au regard des autres (et en particulier la petite frange des amis qui ne sont pas toujours familier de la danse contemporaine) et peut-être transgresser quelques tabous propres à la culture marocaine….

Et il a osé franchir le pas.

Après un deuxième mouvement en rotation, façon derviche, comme poussé par une introspection obstinée, il s’est posé, s’est lentement déshabillé et, presque nu, s’est emballé dans un long film de cellophane. Dans un corps déformé, autant voilé qu’exhibé, il a entrepris une sorte d’ondulation orientale, révélant une part intime de lui-même, et pleine d’ambiguïté.

La danse contemporaine est souvent ennuyeuse, intellectuelle, cérébrale. Fouad Naciri a joué la corde de l’émotion, a osé dévoiler le plus profond de lui-même : un peu de son âme… Ce fut troublant, touchant…

Il sera probablement intéressant de découvrir ce solo, une fois arrivé à terme, mais aussi de suivre l’itinéraire de ce danseur plein de promesses.

Note : depuis Fouad a continué son parcours et est entré en 2016 à PARTS une école de danse contemporaine à Bruxelles.

 

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