Avec sa double origine, Kinshasa (Congo) et Bruxelles, un passage à l’Université du Cap (Afrique du Sud), Fabrice Gino est arrivé à 24 ans, au Maroc, pour rejoindre l’ESAV. Sorti major de sa promo, il a obtenu les Prix du court métrage expérimental, prix du jury et prix du meilleur court-métrage, à Barcelone, en Avril 2012. Ces prix qui vont lui donner l’opportunité de financer l’écriture de son premier long métrage, et alors qu’il était sur le point de rentrer en Belgique, il a donc décidé de rester au Maroc pour finaliser son travail d’écriture. Depuis, embauché par Made in Marrakech, il a pu parfaire son expérience au point de créer maintenant sa boite de production.

Son énergie, l’envie d’aller de l’avant, l’ouverture d’esprit, saute aux yeux. Très vite nos échanges tournent sur ses cinq années de présence au Maroc et ce qu’il en a retenu… Etranger moi-même, son regard rejoint de multiples questions qui tournent dans l’esprit de nombreux interlocuteurs rencontrés.

n résumé :

L’ESAV
Une excellente école, incontestablement avec une bonne infrastructure, des enseignants de qualité et disponibles. Quelques bémols toutefois : une formation trop théorique, plus orientée sur l’analyse du cinéma que la formation pratique même si quelques filières, comme celle du son, tirent mieux leur épingle du jeu ; une trop grande place à l’individualité et pas assez au travail d’équipe, à mon goût. Par exemple, la page facebook de l’école met en avant tel où tel élève ; j’y ai eu le droit aussi, ce qui m’est allé droit au cœur. Dans un sens, c’est bien, mais quelle en est vraiment l’importance ? Au cinéma, la réussite tient beaucoup dans le travail d’équipe, et ça aussi, cela doit s’apprendre… Heureusement, à Made in Marrakech, j’ai trouvé une boite qui sait mettre en synergie les compétences ; une boite où programmeur, graphistes, commerciaux… travaillent régulièrement en équipe. Cela aussi a été formateur pour moi.

Marrakech
Un endroit passionnant, en terme de qualité de vie : le soleil, le chant du muezzin… et de diversité.  Avec un potentiel énorme, où l’Orient, l’Occident et l’Afrique se rencontrent, un espace où peuvent s’inventer des solutions d’avenir, utilisables par d’autres – je pense à la Syrie. J’ai parfaitement conscience que ce pays m’a donné une chance énorme ; ce que j’ai pu faire ici, les rencontres, les expériences, la confrontation à moi-même, je n’aurai pu le faire ni au Congo, ni en Belgique.

Les étrangers au Maroc
C’est nous les ambassadeurs du Maroc. 100% de mon travail sert à faire la promotion de la ville, du pays. Et c’est nous aussi, avec un peu de douceur, de diplomatie,  qui avons la capacité de faire changer ce pays. Trop d’étrangers oscillent entre la fascination et le rejet du côté bling-bling de Marrakech. Cette dimension superficielle est nécessaire à la ville, pour attirer les étrangers, pour faire entrer de l’argent. Mais c’est aussi à chacun de ne pas nous arrêter à cela, d’aller au fond des choses. D’un côté, peu de gens semblent en avoir conscience mais, dans le même temps, les gens les plus engagés pour ce pays que je rencontre, sont souvent étrangers.

Les africains à Marrakech
Ce qui s’est passé les dernières années, « avec la couleur que je porte » m’a beaucoup touché. Le racisme ici, je le sens de manière omniprésente mais, avec l’arrivée, depuis quelques années, de nombreux sub-sahariens, les choses ont été attisées. La une de Maroc Hebdo sur « Le péril noir » m’avait beaucoup blessé. J’ai beaucoup réagi sur le coup mais maintenant je peux passer outre…

La jeunesse marocaine
A priori, elle est totalement «open » sur le monde, la modernité, par le web. Avec l’envie de liberté, de réussite… Mais je ne suis pas sûr qu’elle comprenne tout ce qui va avec, les contraintes de formation, de méthode de travail, l’acquisition d’une vraie culture, d’une analyse… Moi j’ai la chance, avec ma double culture, mon travail, d’être un des rares habitants de la ville à côtoyer des gens de tous les milieux, de tous les origines qui se côtoient ici : les marocains, les occidentaux, les sub-sahariens. Du coup, j’apprends plus, plus vite…

Rapporté par R.A.

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