Voilà un des rares lieux à Marrakech où les marocains du quartier et des étrangers parviennent à se côtoyer et se rencontrer. Comment cette formidable alchimie a-t-elle pu se construire ? Retour sur une expérience humaine passionnante…

Susanna Biedermann et Max Alioth, un couple suisse, avaient été séduits par Marrakech et voulaient utiliser leur fortune pour contribuer à perpétuer la culture vivante, populaire, qui faisait l’âme de la ville. Après quelques déboires administratifs, des malveillances, qui ont manqué tuer dans l’œuf leur généreuse initiative, Suzanne et Max se sont posés quelques mois pour réfléchir si cela valait la peine de continuer l’aventure. La force de continuer, ils l’ont trouvé grâce à l’équipe qu’ils ont rassemblée autour de ce projet et qui les avaient soutenus de toutes leurs forces. Cette première épreuve avait finalement permis de construire une équipe soudée.

Dès les premières manifestations culturelles, le lieu a obtenu un succès d’estime ; malheureusement, le public était uniquement étranger et ce n’était pas là l’objectif des fondateurs. A cette époque, Vincent Melilli (l’actuel directeur de l’ESAV ) dirigeait l’Institut Français ; il avait su insuffler une dynamique particulière, jamais retrouvée depuis, et attirait un vrai public ; on se souvient, par exemple, des nuits du ramadan où ftor et concerts se succédaient… Pour Maha Elmadi, la toute jeune collaboratrice de Suzanna, il fallait de la même manière s’appuyer sur les traditions vivantes de la médina.

Une première initiative a été tentée à l’occasion de la fête de l’Achoura. Un travail de réflexion a été fait, en amont, pour mieux comprendre l’origine et la signification de cette tradition. Outre les traditions de l’Achoura, le programme de cette manifestation incluait une exposition, une conférence,…

Au lieu de promouvoir cet évènement avec des prospectus et des affiches,  l’équipe de la fondation a préféré, s’appuyer sur les traditions orales ; un bouquet de fleurs à la main, et donc dans l’esprit même de la tradition de l’Achoura, elle a effectué du porte à porte auprès des familles du quartier. L’objectif a été atteint : les familles se sont déplacées. Pour la première fois, étrangers et familles natives de la médina, deux univers culturels différents, se croisaient et se rencontraient dans le même lieu. La présence fortuite d’André Azoulay, le conseiller du roi, et de sa femme, donnait même aux familles qui s’étaient déplacées, le sentiment d’une véritable reconnaissance. La Fondation Bellarj avait donc trouvé le ferment qui allait faire son originalité.

Des ateliers de théâtre, de danse, ont été mis en place à destination des enfants de la médina. Puis, comprenant que l’accompagnement des enfants nécessitait une entière complicité des mères, des ateliers à leur destination (« les mamans formidables de la médina ») ont été mis en place. Ainsi, l’action culturelle et sociale entrepris par la Fondation se diffuse par les enfants, les mères, au sein des familles…

Si la Fondation est un des rares lieux dans la médina où marocains et résidents peuvent se rencontrer, on est loin ici des tentations folkloriques, néocoloniales ou d’opérations touristiques.  Dar Bellarj contribue de manière dynamique  à perpétuer et renouveler, une culturelle actuelle, ouverte, et vivante. Il faut voir, par exemple, comment les évènements de Dar Bellarj, avec les enfants qui jouent dans le patio, ressemblent plus à des réunions de familles, sans le côté guindé de nombreux établissements culturels.

La maladie a rapidement emporté les deux fondateurs de Dar Bellarj. Heureusement, ils avaient eu le temps de constituer une équipe formidable qui a pu perpétuer et amplifier l’essence même de leur projet.

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