Rencontrer Bert Flint (initiateur du Musée Tiskiwin), ce n’est pas seulement prendre rendez-vous avec l’histoire, exhumer de la nostalgie, des antiquités… mais, pour peu qu’on aime le Maroc et qu’on est désireux d’en comprendre les ressorts, l’homme à la capacité extraordinaire à nous ouvrir vers une lecture nouvelle, à nous faire sentir les fils conducteurs qui trouvent encore des prolongements dans le Maroc d’aujourd’hui.

C’est vrai, l’homme est âgé (plus de 80 ans), malentendant,  ce qui ne nous laisse pas d’autres choix que de l’écouter, mais son regard lumineux, sa mémoire intacte, son érudition incommensurable, nous invite à aller explorer, à notre tour, les chemins de la connaissance. Il sait puiser dans les événements d’aujourd’hui (réchauffement climatique, Darfour…) pour mieux vous faire comprendre la genèse de l’histoire ancienne.

Le regard qu’il propose n’est pas autre chose que le résultat d’une grande curiosité, de la volonté de comprendre au-delà des modèles établis, en suivant ses propres intuitions.

La première fois que ce professeur hollandais est venu au Maroc, c’était en 1955. Très vite, il s’installe au Maroc pour enseigner l’espagnol ; il apprend l’arabe littéraire, et se passionne pour la culture arabo-andalouse. Comme il est jeune, il est très proche de ses élèves. Son aptitude aux relations humaines lui ouvre les portes des habitants. Au travers d’eux,  il découvre la culture populaire et tout particulièrement les traditions rurales. Très vite, sa sensibilité artistique prend le dessus sur l’approche universitaire. Il se lie à de nombreux artistes au point d’être invité, en 68, à enseigner les arts populaires aux Beaux-Arts de Casablanca ; ce qui était à l’époque, une démarche révolutionnaire. De plus en plus, son intérêt se tourne vers le sud, pour explorer les racines africaines du Maroc. Ce basculement de l’intérêt pour la culture arabo-andalouse au profit des apports sahariens amènent certains amis marocains à se détourner de lui ; à l’inverse, la naissance de la revendication de l’identité berbère suscite l’intérêt de nouvelles personnes pour ses recherches. Alors que la plupart des chercheurs ont présenté leurs travaux en français, lui a toujours eu à cœur de faire reconnaître son travail auprès des intellectuels marocains. Son premier ouvrage, consacré à l’interprétation des motifs des tapis, a d’ailleurs été écris en arabe ; et, 2007, il a légué son musée à l’Université de Marrakech.

Le Maroc doit beaucoup à Bert Flint, dans la compréhension de ses racines africaines. Contrairement à l’influence arabo-andalouse, qui profite de l’avantage de traces écrites, les traditions sahariennes ne sont lisibles que dans les arts populaires (les motifs des tapis, certains usages, par exemple) ; Bert Fint s’est attaché à en révéler la genèse. Si Marrakech est singulière par rapport aux autres villes du Maroc, c’est avant tout parce qu’elle a été une capitale saharienne. Une relecture approfondie des travaux de Flint devra être faite pour en mesurer toute la portée…

R.A.

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