Discret, concentré sur son carton, toujours affable, Abdelhalim dresse le portrait des passants, en 30 ou 40 minutes seulement. En quelques coups de crayon, sans hésitation, il dessine un portrait très réaliste. Parfois, au pastel, il exécute le travail en couleurs… Abdelhalim préfère travailler avec un modèle ; cela lui permet mieux d’extraire l’énergie d’un visage, de choisir le meilleur angle… mais tout le monde n’a pas toujours la patience d’attendre en restant immobile le temps nécessaire, et préfère parfois  lui confier une photo…

Le soir où je l’ai rencontré, justement, il travaillait sur une photo d’identité, la commande d’un policier (un cadeau destiné à son amie) mais le format trop petit, le côté rigide de ce genre de pose, la difficulté à en extraire les détails ou le regard, ne rendait pas la chose facile, d’autant qu’avec la nuit tombante, cela lui demandait une vraie concentration…

C’est vers 12 ans que son aptitude au dessin s’est révélée. D’abord un jeu, orienté vers la caricature et au profit des amis, c’est devenu progressivement un vrai hobby, auquel sa mère l’a toujours encouragé. A force de pratique, de travail et d’acharnement, sans avoir fréquenté aucune école, ni aucun maître, il a développé un véritable savoir –faire. Dès 18 ans, en quittant sa scolarité, il en a fait son gagne-pain.

L’idée de se faire dessiner un portrait est une idée encore nouvelle au Maroc ; beaucoup de gens trouve plus simple de recourir au service d’un photographe. Pourtant, un portrait, cela permet souvent de mieux faire ressortir l’essentiel d’un visage, voire une vision flatteuse… Avec un brin de malice dans le regard, Abdelhalim souligne que les femmes ont souvent plus envie de se rassurer, quand les hommes se contentent d’un reflet réaliste…

Beaucoup de ses clients sont des touristes, des expatriés marocains et des marocains des grandes villes venus passer un week-end à Marrakech, et qui souhaitent marquer leur sortie d’un souvenir… Comme beaucoup d’activité, la sienne est saisonnière. Quand il pleut, quand il fait froid, il n’est pas question de travailler. Par contre, les beaux jours, les week-ends, pendant les fêtes, la demande bat son plein. Fin juin, ce sont les mères des familles qui viennent récompenser leurs bambins qui ont bien travaillé. L’été, il préfère monter à Ourika ou descendre sur la côte. Il fait moins chaud, c’est là que sont les clients et c’est aussi une manière de concilier son travail et ses envies de voyages.

Nous parlons des ficelles du métier. De l’intérêt d’avoir un premier modèle pour en attirer d’autres, des policiers qui le laissent relativement tranquille, sans racket, même si parfois, sur ordre du Caïd, toute la rue “est nettoyée”. Son travail apporte pourtant une animation, au même titre que les hlaqi de la place, même s’il a bien conscience qu’il lui serait difficile de faire le portrait d’une femme au milieu des cercles d’hommes sur Jemaâ el fna ; ici, dans la rue des princes, la population est plus mixte, et la cohabitation avec les autres peintres, le calligraphe, rend sa présence plus naturelle…

La nuit est tombée. Abdelhalim a besoin de lumière… Il abandonne la rue à la foule…

Rémi A.

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